« Que savez-vous réellement de ce monde ? »
Étendu sur l’herbe, la respiration légère, vous observez d’un œil distrait le paysage calme et subtil qui se dresse devant vous tel une toile de maître. Lentement, entre ciel et terre, il déambule. Nuages et verdure viennent agréablement s’entremêler pour hanter votre vision. De manière presque séduisante, il change ses couleurs à mesure que le temps s’écoule. Avec toute la grâce d’une véritable diva, le crépuscule s’installe, peignant le ciel de touches roses et orangées. L’espace de quelques secondes, vous fermez les yeux. Vous profitez de cet instant unique pour flairer l’odeur fleurie qui embaume la colline et vous vous laisser bercer par la douce herbe encore fraîche qui caresse votre épiderme… Une véritable vague de chaleur vous enveloppe soudainement, emplissant votre cœur d’une joie certaine.
Lorsque vos paupières papillotent follement pour finalement s’ouvrir, ça n’est pas la toile de maître que vous apercevez dans le contre-jour du soleil, mais une vague silhouette qui s'allonge dans la lumière, la démarche aussi mal assurée que burlesque. Quelques secondes d'attention vous apprennent alors que cette masse difforme n’est autre que le corps bossu d'un vieillard vêtu d'un long chaperon aux couleurs délavées. La simple vue de ce petit homme au corps crochu suffit à vous faire frémir ; telle une ombre s’avançant sans hasard vers sa proie, il gagne votre position.
Il tend vers vous une main tremblante et frêle. Largement vaincue par l’arthrite, celle-ci est recouverte de diverses tâches brunâtres. Les ongles du vieillards, jaunes, longs et crochus, pendent lamentablement vers vous, sollicitant votre aide. Les yeux écarquillés par la terreur et l’incompréhension, vous vous relevez brusquement lorsque vous entrevoyez le visage de l’homme. Un visage émacié, pâle, rattrapé par le temps et la pauvreté. La bouche de la relique ambulante, réduite à une mince fente violacée, s’entrouvre et laisse apercevoir quelques dents noires aux extrémités. La main toujours tendue vers votre nez, il esquisse un doux sourire. Une voix gutturale et fragile sonne alors :
« N’aie crainte, mon enfant , je ne te veux aucun mal. » Il se racle la gorge avec peine, puis reprend : « On m’appelle Zelmeruth. Je suis de Jafalgar. »
Alors qu’il termine son introduction, vous lui lancez un regard perplexe, toujours sur vos gardes. Le vieillard retire alors son capuchon, laissant voir ses longs cheveux blanchis par les années et une cicatrice large comme l’index lui parcourant l'œil droit. S’approchant davantage de vous, voyant que vous ne daignez répondre, il soupire et continue alors son ascension solitaire de la colline, aidé d’une canne au bois abîmé. Lorsqu’il dépasse votre hauteur, vous vous retournez sur son passage et le voyez gravir petit à petit le mont quand soudainement, dans un sursaut de curiosité, vous le rattrapez à grandes enjambées en l’appelant :
« Attendez ! Que… Que me voulez-vous au juste ? »
Le vieil homme se retourne à son tour et répond de sa voix monotone :
« Que sais-tu du monde dans lequel tu vis, mon enfant ?
— Je… Je vous demande pardon ? répliquez-vous, l’air incrédule.
— Que sais-tu
réellement du monde dans lequel tu vis ? »
Tout en réitérant ses propos, le vieillard agite frénétiquement sa canne de bois vers vous et frappe mollement son pied contre le sol, son unique œil pale grand ouvert. Pour la seconde fois depuis votre rencontre, il toussote, laissant s’échapper de sa gorge quelques postillons gras, et entreprend un long monologue dont les répliques semblent avoir été écrites au préalable…
« Il y a bien longtemps, les hommes et le peuple de la forêt étaient liés. Ils nous inspiraient, nous donnaient confiance. Une longue ère de paix s’était installée dans le monde entier, les hommes ne faisant plus qu’un avec leur planète. Les habitants de la terre entière ne connaissaient ni la famine, ni la pauvreté. Ils vivaient dans l’harmonie la plus totale, dans la prospérité, la chance et la joie. Ils vivaient au sein d'un monde sur lequel ils pouvaient compter, et au sein duquel ils se sentaient en sécurité. Le monde était devenu une véritable terre de rêves. Mais malheureusement, cette rêverie ne tardait pas à basculer en un cauchemar sans fin. Quiconque le sait bien, la race humaine est faite de défauts… Nous sommes cupides et mesquins… Le besoin de tout posséder poussa les hommes à s’éloigner de leurs terres, les séparant ainsi du monde magique du peuple de la forêt. Alors même que le bonheur et la richesse planait au sein du monde entier, les habitants des villes et des campagnes se réunirent, avec pour ultime objectif, exploiter au maximum les terres de leur pays. La fortune ne leur suffisait plus, ils désiraient bien davantage. Abandonnant leurs familles et leurs rêves, les hommes creusèrent jours et nuits, afin de trouver de nouvelles ressources. Mais ce qu’ils découvrirent dépassa toutes leurs attentes… Dis-moi, mon enfant… Tu connais la légende des Guerriers du Feu, n’est-ce pas ? »
D’un revers de la tête, vous faites signez que non. Le vieillard poursuit alors :
« Les Guerriers du Feu sont… non,
étaient de gigantesques créatures déchaînées. Des machines à tuer. C’est ce que les hommes ont trouvé, enfouis sous leurs terres. Après moult et moult recherches, les habitants ont retiré trois Guerriers – quatre selon les récits. Ils ont d'abord été impressionnés, puis fascinés. Leur trouvaille dépassait leurs rêves les plus fous. Mais ils étaient loin de se douter qu’en les déterrant, ils les avaient réveillés. Furieux, les Guerriers se mirent alors à attaquer les hommes, dans les champs, puis les femmes et les enfants, dans les villes. Ils ravagèrent tout sur leur passage. Chaumières, forêts, campagnes… En une semaine, il ne restait plus âme qui vive. À eux trois, ils avaient décimé une civilisation vieille de milliers d’années… C’est ce qui causa la perte de nombreuses villes… et de nombreuses vies. Depuis, le monde se reconstruit doucement. Mais la menace plane toujours… elle est là, autour de nous. Elle rôde. »
Avant même que vous n’ayez le temps de rétorquer, le misérable vieil homme s’en va aussi rapidement et mystérieusement qu’il n’est apparu à vous. Un mage, une apparition fantomatique ? Ou peut-être même une simple hallucination… Seule une brume ardente imprègne désormais la colline de la région d’Anarchadia…
« Une longue histoire commence… »
Bien des centaines d'années après ce que l'on nomma “Les Sept Jours de Feu“, se répand sur les terres désolées et jusqu'alors abandonnées, la Tlevska ; une forêt toxique peuplée d’esprits et d’animaux géants. La Tlevska prend une telle ampleur qu’elle menace l’existence des survivants de la race humaine. Ces uniques survivants sont les habitants de quelques villes de régions apparemment bercées par une brume bienveillante. On raconte que ce sont ces étranges brumes qui protégèrent la ville et les environs des Guerriers du Feu, et qui les protègent encore aujourd’hui de la Tlevska.
D’abord apeurés par la Tlevska et ses monstres pullulants, les survivants semblent désormais avoir retrouvé leur paisibilité, et même s’ils vivent pour la plupart dans la misère, cela ne les empêche pas le moins du monde de trouver le bonheur dans les simples petits plaisirs de la vie. Seulement voilà, ils ne sont pas seuls… Le peuple de la forêt, lui aussi, a survécu. Haïssant les hommes au plus haut point pour leurs fautes commises par le passé, ils vivent reclus des villes, et ne s'y approchent jamais, de peur de se faire tuer. Un conflit s'est installé entre les hommes et le peuple de la forêt, autrefois alliés : Si certains tentent de repousser le peuple qu'ils pensent dangereux pour leur existence, d’autres en revanche tente de les défendre et de leur insuffler un nouvel espoir…
Dans un monde déchiré par les guerres, ravagés par la pauvreté… Quel camp choisirez-vous, Invité ?